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Stéphane Janus : « Il faut des rédactions fortes et des lecteurs pour les faire vivre »

Publié le 30/06/2026

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Nicolas Bernard
Stéphane Janus : « Nous sommes la presse du premier et du dernier kilomètre. »

Directeur des journaux L’Est agricole et viticole et Paysan du Haut-Rhin depuis 2023, Stéphane Janus est aussi président du Syndicat national de la presse agricole et rurale depuis 2025. Il organise à ce titre le congrès national du syndicat les 25 et 26 juin 2026 en Alsace. À cette occasion, il partage sa vision sur les médias professionnels agricoles face aux défis d’aujourd’hui.


La presse agricole traverse une période de profondes mutations. Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels elle est confrontée ?

Stéphane Janus : « La presse agricole, comme les autres médias, fait face à une évolution des usages. Le consommateur, notamment plus jeune, est moins enclin à payer l’information, ce qui fragilise nos modèles. La rupture actuelle tient à la remise en cause de la valeur économique de l’information.

L’essor de l’intelligence artificielle (IA) accélère la diffusion de l’information. Certains contenus générés par l’IA reprennent les codes du journalisme, au risque de brouiller la compréhension du public. La valeur de l’information doit rester dans les entreprises qui la produisent, pour financer l’innovation et rémunérer décemment les équipes. Si à terme tout est généré par l’IA, qui alimentera ces systèmes ? »

 

Comment les éditeurs de presse agricole tentent-ils de s’adapter à ces nouveaux usages ?

« Au SNPAR, nous menons une réflexion sur le numérique, encore complexe pour les très petits éditeurs car cette transition implique des coûts de développement et de sécurisation. De nombreux titres ont développé de nouveaux supports numériques, mais cela ne s’est pas forcément traduit par une hausse du lectorat payant.

Nous devons être présents sur tous les supports, car les usages évoluent. Mais l’enjeu est de proposer cette diversité de formats tout en trouvant un modèle économique capable de financer une information de qualité. L’ère du numérique nous offre des opportunités. Sachons les saisir avec ambition car notre plus grand risque serait de ne pas essayer. »

 

Malgré cette transition numérique, quelle place conserve encore la presse papier ?

« 66 % de nos lecteurs déclarent vouloir continuer à disposer d’un journal papier à moyen terme, un signal qui va à l’encontre de l’idée d’un désamour généralisé pour ce support. En revanche, les jeunes ne se tournent pas spontanément vers ce média alors qu’il constitue encore le socle historique de notre lectorat.

Le papier garde malgré tout une vraie force : on le lit souvent pour une info précise, puis on se laisse embarquer vers d’autres contenus. À la différence des algorithmes qui nous enferment, le papier permet de sortir de sa zone d’intérêt. Ouvrir un journal, c’est s’ouvrir sur le monde. »

 

À l’heure où chacun peut s’informer en quelques secondes sur les réseaux sociaux, quel rôle la presse professionnelle agricole doit-elle jouer ?

« Aujourd’hui, l’information circule vite, notamment via les réseaux sociaux où les fake news pullulent. Notre rôle est d’aider nos lecteurs à décrypter des sujets de plus en plus complexes, qu’ils soient techniques, juridiques, économiques ou sociétaux.

Cette expertise repose sur un travail journalistique de terrain. Nous sommes la presse du premier et du dernier kilomètre : celle qui va chercher l’information à la source et la restitue avec recul et pédagogie. Mais pour continuer à produire cette information de qualité, il faut des rédactions fortes et des lecteurs pour les faire vivre. »

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